www.medecin-oberkampf.com - Les piqûres de méduses
 Médecine Générale - Docteur Patrick Adrien TEBOUL
Mise à jour le 6 Août 2012

Les Méduses ...








Et voilà les vacances du mois d'août commencent,
 l'été est au rendez-vous.
 , vous faites partie des "chanceux vacanciers "
 et vous allez passer vos vacances en bord de mer....


Aujourd'hui le ciel est bleu sans un nuage, la mer est magnifique et pourtant vous observez un phénomène bizarre : les baigneurs restent sur la plage
 en attendant un signal de départ ? 
pas un chat dans l'eau ...!
Vous vous demandez naturellement pourquoi?

 La réponse surgit comme le monstre du Lochness : 
aujourd'hui les méduses sont arrivées. !!...affolement général sur les plages, les douches sont prises d'assaut, mais personne n'ose se confronter à ces petites bestioles gluantes qui viennent envahir le littoral de manière cyclique et régulière...

Et tout le monde se pose la question fatidique de l'été : mais enfin quant pourra t'on se baigner dans la mer qui nous "tend les bras", nous voici tributaires des méduses... 



Blurk...Bloop, ces "petite saloperies" gluantes qui diffusent leur venin urticarien dans la peau à la moindre occasion.
 effectivement il faut faire attention, car certaines espèces sont particulièrement redoutables; et il est conseillé d' attendre le prochain bulletin d'alerte des plages de notre littoral avant de vous y frotter! 
Et oui... les méduses nous pourrissent la vie, après les gaz d'échappement et les bouchons sur la route des vacances, , vous voilà obligés de renoncer au premier bain de mer et de prendre des douches (lorsqu'elles fonctionnent...) en attendant la disparition du phénomène malicieux.
Il faut être très vigilant surtout avec les enfants, chez lesquels les méduses peuvent parfois causer des réactions allergiques graves : surtout en cas de piqures sur le visage et le haut du corps... .

Si cela vous intéresse alors lisez la suite de l'article passionnant extrait d'une parution dans une revue universitaire


Tout savoir ou presque sur les méduses
Pour les «vacanciers » qui s’en vont allègrement rejoindre le littoral méditerranéen, voici un petit bréviaire à emporter avec vous, dans le format de votre choix afin d’être un connaisseur et de conseiller les pauvres victimes en attendant de voir le médecin :  

 Le terme méduse est un nom vernaculaire désignant les formes libres de nombreux groupes de cnidaires et s'opposent donc aux formes polypes, sessiles.
 Les méduses sont généralement des prédateurs, elles paralysent leurs proies grâce à leurs cnidocytes et peuvent posséder des structures sensorielles très élaborées comme des ocelles, rassemblées au sein de rhopalies. Certaines méduses appartenant à la classe des Cubozoa peuvent être mortelles pour l'Homme. Dans le cycle de vie de certains groupes de cnidaires, la forme méduse peut alterner avec la phase polype, mais d'autres vivent uniquement à l'état de méduse.
Et voilà pour le préambule "scientifique" , vous n'y avez rien compris, soyez rassurés, moi non plus... sauf que ça peut être mortel... c'est cet aspect dangereux qui attire toute notre attention.
meduse1m                                        
 Les méduses sont par ailleurs considérées - au vu de résultats récents de phylogénie moléculaire - comme un caractère propre à l'un des deux groupes de cnidaires, appelé en conséquence Medusozoa (composé des classes : Cubozoa, Scyphozoa et Hydrozoa). L'autre groupe étant celui des Anthozoa1

 Cependant l'origine évolutive exacte de la forme méduse est encore mal comprise.   Plusieurs espèces connaissent des pullulations cycliques, qui peuvent poser problème pour la baignade, la plongée sous-marine et plus rarement les centrales nucléaires (risque de colmatage des dégrilleurs des installations de refroidissement) et oui !!! ou certaines industries nécessitant de pomper de l'eau de mer (usines de désalinisation...).

Les méduses urticantes peuvent aussi perturber les piscicultures marines. Ces pullulations peuvent générer des coûts économiques et sociaux importants. à titre d'exemple, la ville de Cannes, qui dépend fortement du tourisme, a déposé lors de l'été 2007 des filets de protection (80 000 euros pour trois mois) pour protéger les baigneurs des méduses pelagia noctiluca urticantes (sur des zones de 50 m et 25 m). Ces méduses pullulent épisodiquement (22 jours en 2006 à Cannes) probablement en raison de la régression de plusieurs espèces de thons (le thon spécialement le thon rouge est un grand prédateur de la méduse blanche pelagia (qui recueille aussi les sufs de certaines espèces de poissons), mais les thons sont largement prédominants en méditérranée, et l'augmentation de la température de l'eau semble aussi favoriser les pullulations.



 Ces explosions démographiques de méduses semblent obéir à des facteurs connus (cf. infra) et aussi répondre à des causes encore inconnues. Les médias voire le cinéma ont pu amplifier le ressenti de ce phénomène, qu'il soit naturel ou non.
 Causes (connues ou supposées) et impacts : Il semble qu'un déséquilibre écologique lié aux effets combinés du réchauffement et de la pollution soit en cause. Ces problèmes ayant causé la disparition de certains poissons (thons et autres prédateurs de méduses adultes ou à l'état de larves) et d'autres prédateurs des méduses (ex. : tortues marines), ils semblent pouvoir favoriser les pullulations y compris tard dans l'année pour certaines espèces. 




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   Le littoral méditerranéen de l'Espagne, notamment celui de Barcelone a connu dès juin 2007 des invasions de méduses (plus de 10 000 blessés, plus ou moins graves en quelques mois). Cette invasion serait due notamment à l'élévation de la température de l'eau de 2 °C et de la régression des prédateurs des méduses (thons, tortues…).   
 Piqûres de méduse   Les cnidaires, autrefois appelés cœlentérés, sont des animaux pluricellulaires primitifs, exclusivement aquatiques et presque tous marins regroupant des animaux aussi différents que les méduses, les coraux, les anémones de mer, les gorgones, l’hydre d’eau douce (Hydra).
 Les méduses n’ont pas bonne réputation et il est vrai que certaines, ne vivant pas sur nos côtes, peuvent tuer un être humain en quelques minutes. c'est un drame "catécholaminergique" par sécrétion de catécholamines ( adrénaline , cortisol) : les signes cliniques sont des : Céphalées, douleurs abdominales et dorsales violentes sont habituelles et peuvent précéder une hypertension, une tachyarythmie et un choc cardiogénique (13). Dans les meilleurs des cas, il y a disparition des lésions en 3 à 10 jours avec guérison (2) mais peuvent aussi apparaître des cicatrices hyperchromiques ou chéloïdes persistant plusieurs mois à années et entraînant une gêne esthétique, principalement quand le contact avec la méduse a été long ou l’envenimation sévère (9,11).
 D’autres séquelles ont été décrites : urticaire au froid développé après une piqûre de méduses chez un baigneur sans antécédent personnel ni familial d’atopie ou d’urticaire au froid (15), dermatite de contact persistante (lésions dermatologiques récurrentes se produisant 1 semaine après la piqûre et se présentant comme un érythème vésiculaire) faisant penser qu’en plus de l’hypersensibilité de type I, l’allergie de type IV est probablement en cause dans certaines éruptions causées par les cnidaires (12).  

THÉRAPEUTIQUE  :
 Bien que l’évolution clinique soit le plus souvent rapidement favorable sous traitement bien conduit, de mauvaises pratiques sont parfois mises en route du fait de la méconnaissance de l’animal (9)

TRAITEMENT LOCAL : Le traitement initial sera simple, mené sans délai pour favoriser une bonne évolution en minimisant les quantités de venin libérés : très peu de nématocystes délivrent d’emblée leur contenu et les tentacules transparents restent accrochés à la peau des victimes (3,4,9). Dans un premier temps, calmer la victime et l’empêcher de se frotter les lésions (3,4). Historiquement, les antihistaminiques et antiprurigineux étaient utilisés mais se sont révélés parfois inefficaces quand l’envenimation est sévère (16). Il ne faudra jamais inciser la plaie ni chercher à la faire saigner ni la sucer pour aspirer le venin. Les plaies seront nettoyées sans frotter ce qui aggraverait la symptomatologie en permettant l’éclatement de la totalité des cellules urticantes (3,4,9). 

Les tentacules visibles seront retirés par une pince ou à la main doublement gantée. Ceux invisibles le seront après application de mousse à raser ou du sable pour « piéger » les débris de méduses qui seront alors ôtés à l’aide d’un carton rigide (3,4,7). 
 La plaie sera abondamment rincée à l’eau de mer ou au sérum physiologique (la faible osmolarité de l’eau douce ferait éclater les quelques cnidocystes restant). La toxine étant thermolabile, l’eau peut être chaude. Le rinçage durera jusqu’à disparition des symptômes (environ 30 minutes) (11). Il faudra bien sûr éviter d’aggraver les lésions par une véritable brûlure thermique (9). Dans certains cas de piqûres (Chironex fleckeri et autres espèces Indo-pacifiques), il faudra rincer la blessure par de l’acide acétique à 5% (vinaigre) qui est la solution de choix. Ce dernier a cependant été rendu responsable d’envenimation sévère par décharge d’au moins 30% des nématocystes de Physalia utriculus (« boite bleue ») (17). 


L’alcool isopropyl (40 ou 70%) est une alternative bien que in vitro, certains auteurs pensent que cette méthode risque d’entraîner également une décharge de venin (7,16). 5 sur 8 Le produit détoxiquant sera appliqué en continu pendant au moins 30 minutes ou jusqu’à disparition de la douleur.
ALCOOL500sM7KH3007X300i
 D’autres produits ont été décrits comme efficaces : hydroxyde d’ammonium dilué, sulfate d’aluminium, bicarbonate de sodium, huile d’olive, sucre, urine et papaïne. Aucun de ces produits n’est aussi ni plus efficace que le vinaigre ou l’alcool et certains, comme ces 2 produits, peuvent induire une décharge de nématocystes par certains cnidaires (16).


meduses mortelles

 Les solvants tels que l’éther, le formol ou l’essence sont toxiques pour les tissus et sont contre-indiqués (7,11). Ensuite, il convient de rincer la plaie exclusivement à l’eau de mer ou du sérum physiologique puis de nouveau avec du vinaigre ou de l’alcool pour coaguler les derniers résidus de méduse (3,4,9). Si la piqûre est limitée à une extrémité, une application immédiate d’un garrot pourrait arrêter le retour veineux et lymphatique. La mise en place d’un bandage compressif a été recommandée par les Australiens mais reste encore sujet de controverses (8).
 Après décontamination, la plaie sera séchée puis enduite d’anesthésiques locaux, de cicatrisants ou de corticoïdes (ou à défaut d’Onctose®) dont les effets bénéfiques ont été démontrés principalement devant la persistance des lésions après 24 heures (9,11,15,18).



  Il ne semble pas nécessaire d’avoir recours à une antibiothérapie même si la lésion peut s’infecter pendant les 3 à 7 jours suivant la piqûre. Il ne faudra cependant pas oublier de vérifier et éventuellement remettre à jour la vaccination antitétanique (7). Les lésions ulcérées seront nettoyées quotidiennement et recouvertes d’une fine couche de lotion antiseptique non allergisante (7). Les lésions aggravées pourront bénéficier d’un traitement par sulfamine argentique pendant quelques jours puis de l’application de corticoïdes (9). Si aucune amélioration n’est obtenue, les stéroïdes pourront être administrés en IV (16).


 TRAITEMENT GÉNÉRAL :
 Le traitement de la douleur n’a rien de spécifique. De la glace (placée dans un sac) peut être appliquée sur la peau.
 Le médecin doit toujours anticiper sur une réaction anaphylactique et doit donc être préparé à y répondre par de l’Adrénaline, les antihistaminiques et les corticoïdes
 Les autres manifestations systémiques seront traitées de façon symptomatique (7). Le venin de Chironex fleckeri est hémolytique, dermatonécrotique et cardiotoxique (13). Contre ces piqûres, un antivenin (dérivé du mouton) est très efficace (1 à 3 ampoules), administré en intraveineux. Il limite la dermonécrose, neutralise les effets cardiovasculaires et diminue l’hémolyse et l’hyperkaliémie. 
BOX-JELLYFISH-ANTIVENOMCet antivenin (Box Jellyfish Antivenom
est disponible dans les trousses des secouristes sur les plages du 6 sur 8 Queens-land (3,4,7,8,19). A partir d’études animales, il a été suggéré que le vérapamil pourrait être administré chez les personnes présentant une hypotension ou une arythmie après piqûre (7,8). Actuellement, on considère plus que cette thérapeutique ne prévient pas les effets du venin, exacerbe même le collapsus cardiovasculaire et augmente la mortalité ce qui la contre-indique (19). 


CONCLUSION  : Même si les méduses de nos côtes sont peu dangereuses, n’entraînant qu’une symptomatologie locale et cutanée (douleur, érythème), elles peuvent dans certaines conditions (envenimation sévère, terrain allergique, antécédents de piqûres de méduse...) provoquer des signes généraux (oedème, choc anaphylactique...). Certaines méduses des océans Indien et Pacifique peuvent tuer en quelques minutes. Les piqûres de méduse nécessitent donc un traitement rapide et bien conduit : rincer sans frotter la plaie par de l’eau chaude salée,
 éventuellement du vinaigre ou de l’alcool isopropyl, 
 retirer les nématocystes en les « piégeant » par de la mousse à raser
puis appliquer un topique corticoïde. 

Devant des signes généraux, il faudra se méfier d’un potentiel choc anaphylactique. Pour les piqûres de Chironex fleckeri (cuboméduse d’Australie), un antivenin est disponible. 


Article signé par les Docteur Philippe BERGER Praticien hospitalier Docteur David PETITPAS Assistant Docteur Laurent POIRON Interne Docteur Patrick CHILLET Praticien hospitalier Docteur Jean-Michel KORACH Praticien hospitalier Service de Réanimation Polyvalente Centre Hospitalier de Châlons-en-Champagne 51, rue du Commandant Derrien - BP 501 51005 Châlons-en-Champagne Cedex